Le Devin de la Pythie

Je me réveille au sein des champs magiques, après une absence dont je ne peux pas déterminer la durée. Je me rappelle la Chute, la fin de notre monde, puis plus rien. J'essaie de comprendre où je me trouve lorsque je me sens comme happée par une force irrésistible et aspirée vers un Ka-soleil qui brille, tout proche. Sans réaliser vraiment ce qui m'arrive, je me retrouve à me battre avec un esprit humain pour entrer en possession d'un corps matériel, lourd et lent. Par les yeux de cette enveloppe que je revêt, je peux observer un public d'humains habillés bizarrement de grandes toges. Je découvre avec horreur mes deux mains -des mains humaines, poilues, qui trempent encore dans le sang d'un malheureux animal agonisant sous la blessure d'un couteau d'obsidienne que j'ai en main et auquel je me sens, mystérieusement mais fortement, liée.

Cette dernière découverte est trop pour moi, et je préfère sombrer dans une folie passagère le temps de digérer ces découvertes. Laissant surgir toute ma terreur dans un long cri d'horreur, je me laisse tomber par terre, sans lâcher la dague, les yeux révulsés. Je tente d'appeler du secours. En Enochéen, j'en appelle aux puissances protectrices, qui semblent étrangement absentes en ce lieu ou cette époque. Même les champs magiques semblent absents ou dilués. Mon corps tétanisé me lâche alors et je m'évanouis.

Lorsque je me réveille, dans un lit de soie, j'entends couler prés de moi une cascade rafraîchissante. L'air est frais, humide. Je baigne dans un léger courant élémentaire d'eau. Auprès du lit, assise sur une chaise, se tient une superbe humaine au port de reine. Passant en vision élémentaire dans un réflexe immédiat, je découvre un splendide pentacle Néphilim qui brille doucement. Lentement, la PYTHIE (car c'est elle) va me décrire le monde qui nous entoure, expliquant la Chute, les humains, la fin d'AKHENATON et la quête de l'AGARTHA.

Pendant trois jours, nous conversons en tête-à-tête, renvoyant les serviteurs inquiets venus aux nouvelles. La PYTHIE va m'initier au contrôle du corps humain, m'apprenant à utiliser le peu de pouvoir qu'il me reste, à vivre dans un simulacre et à profiter des joies qu'un corps d'homme peut apporter. Je me souviens encore des ébats vécus dans ce corps mâle qui me laissèrent un goût amer et une impression de dégoût pour mon corps.

La PYTHIE va hélas profiter de ce jeune Néphilim ignorant que je suis pour me faire adopter son arcane, l'Arcane du Pape. Elle m'explique que la quête de l'AGARTHA passe par une sorte de reconnaissance divine des Néphilims par les humains. " Il nous faut incarner les Dieux pour éduquer les humains et retrouver le Sentier d'Or " Peu convaincue, mais acceptant néanmoins les thèses de mon mentor, j'écoute et apprends. Néophyte au départ, je vais rester près de la PYTHIE pendant plus d'une dizaine d'année, devenant un de ses plus proches collaborateurs. Elle a été, pendant ce temps, le seul Néphilim que j'ai rencontré.

La PYTHIE profite aussi de ma méconnaissance des voies prises par les autres Néphilim pour m'inculquer une haine des Enfants de la Lune, contre lesquels elle a dû lutter âprement pour prendre possession du Temple qu'elle dirige. Je garde encore une impression plutôt négative de la Lune, même si je suis aujourd'hui capable de tempérer l'image noire fournie par celle qui a vaincu le PYTHON. J'ai aussi tiré de ses enseignements une certaine dose de paranoïa, défaut commun à la plupart des adoptés du Pape.

Sur les conseils de mon aînée, je me rends dans un petit village proche du Temple, réputé pour sa magnifique cascade et la vasque naturelle dans laquelle elle se jette. Pendant plusieurs années, je me fais connaître et reconnaître comme plus qu'humaine par ces farouches villageois.

Mes pouvoirs liés à l'eau, et l'aide des divinations privées de la Pythie m'aide à faire prospérer le village. Je leur trouve des sources, choisit les sites des puits et prévoit les catastrophes naturelles. Je deviens ainsi la déesse protectrice du village, sous le surnom d'ALTEA. Je sais alors que je possède désormais un Refuge, un lieu où me reposer et me cacher si besoin.

J'ai creusé, sans que personne ne le sache, une cache secrète derrière la cascade. Puis, à l'aide de la Pythie, j'ai fermé magiquement la cache afin que seul un Enfant de l'Eau puisse l'ouvrir. Pour cela, j'ai appris un sortilège (cette manière barbare, mais la seule qui nous reste, de manier la magie) qui permet de liquéfier et de travailler la matière solide. (Vous qui me lisez, ne cherchez pas cette cache, elle est vide à présent).

La Fuite vers Troie