|
Périples Grecs Autant mon arrivée dans cette époque humaine et la prise de possession de LERIOS avait été faciles, autant la prise de contrôle de LIRKYS fut une lutte difficile. Je frissonne encore parfois au souvenir de la boule de haine qui composait l'âme de cet être. Je ne suis peut-être pas vraiment " humaine ", mais je pense avoir eu un échantillon des comportements de cette race que peu d'autres ont eu. Et je peux vous dire que LIRKYS n'était déjà plus humain lorsque j'en ai débarrassé la surface de la Terre. Cet être abject, attiré par le mal et la souffrance, et animé par une haine farouche de ma race, s'est révélé difficile à contrôler au début. Ensuite, ce qui subsistait de lui a sombré dans une démence catatonique qui m'a hélas bloqué l'accès à la plupart de ses souvenirs. Mon retour est brutal. Je suis dans un temple à demi en ruine, enterré dans un caveau sombre et envahi par les fumées de la ville incendiée. Mon hôte infortuné s'y est embusqué avec sa collection de " trésors ", les stases de mes malheureux frères, dont je sens certains remuer dans leur prison magique. Le temple s'est ensuite effondré sur lui. Je lutte un temps pour le contrôle de ce simulacre qui s'agite, puis sombre dans ce sommeil humain, si déconcertant au début, mais qui m'est désormais familier. Je suis réveillée par des voix au-dessus de ma prison. La lumière du jour apparaît, et une main se tend vers moi. C'est ULYSSE, venu à la recherche des stases qu'il soupçonnait se trouver dans le temple. Je lui passe délicatement, une à une, les petites statuettes, puis sort moi-même du caveau. La ville est en ruine, des corps sans vie jonchent le sol dévasté. Cette ville sent la mort, le sang, le feu. Je vomis en hoquetant, puis m'enfuit hors des ruines, vers mon ancienne tente. ULYSSE à juste le temps d'avertir les gardes de ne pas tirer. Mon simulacre prête en effet à confusion, dans sa robe aux couleurs des vaincus, celles de Troie. Après quelques jours de profond abattement, et le réconfort de mes frères, je me sens à nouveau prêt à reprendre ma place, Dieu parmi les Dieux. ULYSSE m'explique son désir : voguer sur la mer, parcourir l'océan. Je pense qu'il veut partir à la recherche d'autres Enfants, orphelins dans ce monde changeant, et qu'il veut rassembler nos frères. Je le supplie de me prendre à son bord, de m'éloigner de cette terre maudite et ravagée. Nous partons, accompagnés d'humains et d'autres frères, chacun guidé par des motivations obscures. Nous naviguons de nombreux jours, croisons d'étranges créatures sur des îles improbables. Nous avons depuis longtemps quitté les mers humaines. Nous abordons enfin une île extraordinaire, hors du temps. Un AKASHA, sans aucun doute. L'air semble une caresse, toujours en mouvement, mais jamais agressif. Un des nôtres y a son palais, une étrange cour d'êtres mythiques. EOLE est son nom. Il parle peu, mais sagement. J'ai enfin trouvé quelqu'un qui a atteint le but que la Pythie m'a donné le désir d'atteindre. EOLE est vraiment devenu un Dieu. Subjuguée, je laisse repartir ULYSSE et son équipage, trop heureux de rester près de ce maître et d'y apprendre la sagesse et la force que je convoite. Hélas, EOLE a bien atteint un idéal, mais c'est le sien, non le mien. Il vit dans un rêve, un brouillard qui n'appartient qu'à lui. Je comprends rapidement que, pour lui, je ne suis qu'un fantôme, ennuyeux et exaspérant. Il ne me chasse pas, mais me permet de prendre un navire pour le continent. Les vents nous sont favorables, bien sûr, et nous rejoignons sans encombre les côtes de Grèce. La PYTHIE, bien informée, a envoyé un messager au Pirée, qui m'attend depuis deux jours lorsque notre navire accoste. Elle souhaite que, sous mon nouveau déguisement, je revienne auprès d'elle pour l'assister. Seul, me sentant comme trahi par EOLE, je suis heureux de l'intérêt que me porte mon mentor, et je cours jusqu'à Delphes. J'y retrouve le temple et mon petit village tranquille. Me faisant reconnaître de mes ouailles comme une nouvelle incarnation d'ALTEA, je renforce mon aura auprès d'eux. Ils savent désormais que je suis vraiment immortel. La PYTHIE a rajeuni, et changé de visage. Elle occupe le corps d'une des plus belles de ses servantes. Je lui demande ce qui s'est passé, pourquoi son simulacre précédent est mort, alors qu'il semblait bien-portant lors de mon départ. En riant, elle m'explique comment elle passe d'un corps trop vieux ou qui l'ennuie, dans un autre plus jeune, en suicidant son simulacre. Sur le coup, sa description des poisons et de leur fonctionnement me fait horreur. Je décide de garder le corps de LIRKYS. Je sais ce que j'ai, je ne suis pas sûr de ce que je pourrais obtenir. Je me rends compte alors qu'au lieu d'être des Dieux, certains d'entre nous sont bien devenus les monstres que chassait LIRKYS. Quand à moi, mon chemin personnel semble plus m'entraîner vers une humanité plus profonde. Mais les temps aussi ont changé. La Grèce a été frappée par une immense vague de changements, ce retour au chaos qui suit la chute des grands empires. La PYTHIE doit compter sur d'étranges concurrentes, les SYBILLES. Qui sont-elles, humaines ou autres ? Je suis chargé de mener une enquête sur ces devineresses, et éventuellement, d'agir pour éliminer les charlatans. Emportant ma stase avec moi (erreur grave, mais j'y tiens trop pour la laisser à quiconque), je parcours les routes de Grèce. Voyageant en Erythrée à CUMES, en Phrygie à MARPESSOS, à ANCYRE, à SAMOS, et jusqu'à RHODES, à chaque fois, j'étudie le culte généré par la SYBILLE locale et en fait un rapport pour la PYTHIE à Delphes. A RHODES, je me fais remarquer comme Néphilim par un Sélénim, qui évolue dans le cercle autour des devineresses. Ne sachant pas encore la perversité de ces horreurs, je me confie à lui comme à un frère. Il en profite pour m'emprisonner, puis apporte un soin particulier et une lenteur calculée à la mort de mon réceptacle. Mon esprit torturé se réfugie dans ma stase. Le Sélénim va garder longtemps la statuette, preuve de sa victoire dérisoire sur un malheureux Méphilim ignorant, jusqu'à ce qu'il périsse sous les coups de barbares au Nord de la Grèce, quelques années plus tard.
fin de la période grecque
|